mercredi 31 octobre 2012

"The Vault" de Ruth Rendell



Résumé : Sur le sol de la cave d'une maison bourgeoise de Londres, dans un sac en plastique, se trouve le corps décomposé d'un homme. A côté de lui se trouvent les restes de deux femmes et le squelette d'un homme jeune, le crâne pratiquement séparé de la colonne. Pour l'inspecteur Wexford, c'est une enquête qui mérite de sortir de la retraite. Le voilà en train d'essayer de déterminer l'identité des cadavres, et plus important encore, l'identité de celui ou de ceux qui les y ont mis. 

Avis : Je n'avais jamais rien lu de Ruth Rendell, qui est pourtant une très célèbre auteure anglaise de romans policiers. C'est un peu le hasard qui a fait que j'ai commencé par le dernier de sa série mettant en scène l'inspecteur Wexford. On peut parfaitement lire celui-là sans connaître les précédents, il n'y a pas d'allusions à d'anciennes affaires. On comprend bien que certains personnages sont récurrents mais il est facile de tout suivre quand même.
C'est la 4ème de couverture qui m'a séduite. Cette histoire de cadavres déposés à des années d'écart, une maison bourgeoise accueillant des propriétaires successifs, l'escalier muré menant à la cave, etc. Mais beaucoup trop de choses sont laissées au pur fruit du hasard, "deus ex machina" étant une expression qui prend tout son sens à la lecture du livre. Wexford se balade dans la rue et tombe comme par hasard sur un protagoniste de l'histoire, qui comme par hasard lui fait des déclarations de première importance. Cela se produit plusieurs fois et cela m'a légèrement agacée... Ca ne me plaît pas trop dans un roman policier, j'associe ça (à tort ?) à de la facilité. Et il reste pour moi une chose complètement illogique : mais qui donc a refermé cette fichue plaque de métal sur le 3ème cadavre ??? Ceux qui liront comprendront mais ce "détail" m'a vraiment travaillé tout le livre. D'autant plus qu'on n'a pas de réponse à cette question.
L'histoire avec sa fille Sylvia qui joue les cougars n'apporte rien à l'histoire même si les relations entre Wexford, sa femme et leurs deux filles sonnent très justes.
L'inspecteur est un personnage qu'on aime suivre, toujours en retrait, avec un grand sens de la déduction, respectueux des gens qu'il croise. J'ai apprécié le fait que désormais retraité, il lui soit parfois difficile de trouver sa place dans l'enquête. Comment par exemple interroger quelqu'un quand on n'a plus les prérogatives pour le faire ? Mais cela n'a pas suffit à m'enthousiasmer outre mesure. Parce que même s'il faut que le personnage principal de la série soit sympathique, tout ne peut pas reposer uniquement sur lui. C'est un roman policier, pas psychologique.
Autre chose qui m'a agacée, cette manie de parler de Londres comme si tout le monde connaissait toutes les rues et tous les quartiers. Bien sûr, il n'est pas très difficile de situer Chelsea, Notting Hill, etc, mais de là à citer systématiquement toutes les rues... au secours ! Il fallait pratiquement lire un plan en parallèle. J'adore cette ville mais à la fin du livre, j'en ai fait une overdose.
Dommage que cette lecture ne m'ait pas convaincue parce que Ruth Rendell n'a pas signé des bestsellers pour rien. Je m'obstinerai peut-être avec un autre roman plus connu.

Arrow Books, 360 p., 2001. (inédit en France)

mercredi 24 octobre 2012

"Barbe bleue" d'Amélie Nothomb



Résumé : Saturnine n'en peut plus de faire des allers-retours entre Paris et Marne-la-Vallée où une amie l'héberge. Aussi n'hésite-t-elle pas longtemps à répondre à une annonce de colocation qui propose une chambre de 40 m2 en plein 7ème arrondissement pour la modique somme de 500 €. Mais la jeune femme ne connait pas la réputation sulfureuse du maître des lieux, don Elemirio Nibal y Milcar. En effet, les 8 précédentes colocataires ont mystérieusement disparu après être entrées dans une pièce interdite.

Avis : Cela faisait bien longtemps que je n'avais pas lu un roman d'Amélie Nothomb et l'occasion m'a été offerte lors des Matchs de la rentrée littéraire organisés par le site PriceMinister.
Je ne prétends pas être une spécialiste d'Amélie Nothomb, n'en ayant lu que 3 avant celui-ci... mais... la ressemblance avec Hygiène de l'assassin est plus que frappante. Visiblement, certains thèmes sont chers à notre auteure : un huis-clos entre deux personnages à l'esprit vif, un homme vivant reclus, une opposition entre un être qui incarne le mal et une femme qui va le pousser dans ses retranchements, des noms à coucher dehors (don Elemirio bien sûr, mais aussi toutes ces femmes en -ine : Saturnine, Térébenthine, Digitaline, Proserpine, ...). 
Le roman est presque exclusivement constitué de dialogues et parfois, on a l'impression d'assister à une partie de ping-pong. Tout va très vite, il faut suivre et quand ça s'arrête, on est un peu soulagé. Et oui, j'ai été un peu fatiguée par ses échanges incessants. Avec une comparaison un peu tirée par les cheveux, j'ai pensé au théâtre d'Oscar Wilde où systématiquement, il faut caser des jeux de mots, des sentences à la limite du proverbe, des expressions qui font mouche.
Le mythe de Barbe Bleue est bien exploité et trouve ici tout son sens. Pourquoi vouloir ouvrir cette pièce interdite alors qu'on a des appartements de rêve en plein Paris ? Que vouloir de plus ? La curiosité est un vilain défaut, dommage qu'il soit visiblement féminin ! Pour don Elemirio, c'est une question de confiance : quand on aime, on accepte la part d'ombre de l'autre, son jardin secret. Et don Elemirio en a une grande, de part d'ombre...
J'ai bien aimé le rituel du champagne qui se met en place entre nos deux protagonistes. Cela rythme le roman et ouvre les repas où ils "s'affrontent".
Saturnine se fait prendre à son propre piège et baisse sa garde. C'est cependant un personnage féminin fort, déjà parce qu'au jeu des joutes verbales, elle n'a rien à envier à personne. J'ajouterai que je suis bien d'accord avec J.K. Rowling quand elle écrit "Wit beyond mesure is man's greatest treasure". Ensuite, parce la jeune femme est cultivée et qu'elle peut donc rivaliser avec le savoir d'Elemirio.
En résumé, c'est une lecture divertissante et enlevée, mais avec un air de déjà vu. Je lui mets donc la note de 11 / 20.

Si vous souhaitez faire l'acquisition de cet ouvrage, rendez-vous sur la page de PriceMinister ! (dont je remercie l'équipe, d'ailleurs, pour cette excellente initiative livresque).

Albin Michel, 169 p., 2012.

samedi 20 octobre 2012

"Sexy" de Joyce Carol Oates


Résumé : Darren Flynn est en première au lycée de North Falls. Plutôt timide, il n'aime pas se mettre en valeur. Mais voilà, Darren est beau et sportif, ce qui fait tout le monde le remarque. Et que tout le monde semble attendre quelque chose de lui. Les filles évidemment, qui le trouvent charmant. Ses parents, qui ont de grandes ambitions pour lui : il sera le premier de la famille à aller à l'université. Ses enseignants, pour qui Darren peut toujours "mieux faire". Mais Darren est complètement perdu, comme beaucoup d'adolescents. Aussi, ne comprend-t-il pas vraiment l'intérêt particulier que lui porte Mr Tracy, son professeur d'anglais. Jusqu'à ce que ce dernier le ramène en voiture après un entraînement de natation.

Avis : Attention, coup de coeur ! Je découvre avec cette ouvrage la romancière américaine Joyce Carol Oates. Ce n'est pas son roman le plus connu, Blonde a eu beaucoup plus retentissement en France. Il s'agit d'une édition jeunesse mais ce texte s'adresse à tous les âges. D'ailleurs, les éditions Scripto publient régulièrement des histoires très fortes, voire polémiques. Et c'est tant mieux !
Nous voici en pleine immersion dans la tête d'un adolescent de 16 ans, en proie à de grandes interrogations. Darren ne semble pas comprendre pourquoi les gens attendent toujours plus de lui. Son coach de natation, ses parents, ses enseignants, ses camarades. Tout cela le dépasse et le met sous pression alors que lui n'a rien demandé. Il ne sait pas vraiment ce qu'il compte faire de sa vie. J'ai trouvé que cela était décrit de manière très réaliste. Darren est perdu, noyé dans la masse des élèves du lycée mais en même temps, centre d'attention car joli garçon et membre de l'équipe de natation.
L'adolescence est évoquée comme une période trouble, où l'on se cherche, où la sexualité, ou du moins sa découverte, occupe beaucoup. D'autant plus que dans le cas présent, Darren est un sportif, dans un milieu plein de préjugés. Gare à celui qui apparaît efféminé. Joyce Carole Oates décrit l'Amérique profonde avec tout ce qu'elle contient de préjugés : les privilégiés de North Falls s'opposent à ceux qui habitent à l'écart de la ville, les athlètes du lycée aux intellos et aux homosexuels, etc.
L'interprétation de Darren d'une phrase prononcée par Mr Tracy va le plonger dans le désarroi le plus total. Lui a-t-il fait des avances déguisées ? A-t-il bien compris ? Et cela va avoir des conséquences dramatiques. Car le livre traite aussi de la question de l'intégrité, de l'appartenance à un groupe. Le père de Darren lui a toujours dit qu'on ne doit jamais trahir ses amis, à n'importe quel prix. Mais quand l'adolescent souhaite dire sa vérité, il est trop tard. On se rend compte du pouvoir insidieux de la rumeur.
Le style est vraiment intéressant. Il y a une alternance de chapitres longs et de chapitres très courts, parfois limités à une phrase, ce qui donne un rythme particulier à l'histoire. Ce livre que j'ai lu d'une traite m'a vraiment donné envie d'approfondir l'univers de l'auteur.

Galliamard, collection Scripto, 222 p., 2007.

lundi 15 octobre 2012

"Le potager des malfaiteurs ayant échappé à la pendaison" d'Arto Paasilinna



Résumé : Une fois n'est pas coutume, je reprends la 4ème de couverture qui fait très bien son travail.
"L'inspecteur principal Jalmari Jyllänketo est envoyé par la Sécurité nationale finlandaise dans l'ouest de la Laponie. Alors que des rumeurs font état de mystérieuses disparitions, il doit enquêter sur un ancien kolkhoze reconverti en une florissante exploitation agricole : les mines de fer sont devenues des champignonnières ; les terres marécageuses, des potagers bio. Accueilli par la jolie fille de la patronne, Jalmari Jyllänketo ne trouve d'abord rien qui justifie la suspicion des autorités, avant de s'étonner des importantes mesures de sécurité et de la mine patibulaire des ouvriers... Que cachent l'Etang aux Rennes et sa mystérieuse propriétaire ?"

Avis : Je n'avais lu qu'un ouvrage d'Arto Paasilinna et j'ai eu envie d'en découvrir d'autres de cet auteur prolixe. J'ai hésité avec Petits suicides entre amis et finalement, mon choix s'est porté sur le potager.
Amoureux de la nature et des grands espaces, ce livre est fait pour vous. Il s'agit d'une fable écologique sur la nature, l'envie de vivre sainement et de peu de choses. L'Etang aux Rennes est une exploitation agricole biologique, perdue entre fjörd et montagne, où les employés travaillent en autarcie. On y respire le bon air et on mange la production locale. L'accent est vraiment mis sur l'environnement de l'Etang et le fait qu'il y fait bon vivre et travailler.
Mais il s'agit aussi d'une pseudo-enquête policière. J'utilise volontairement "pseudo" car la vraie nature des activités de l'Etang est vite découverte par Jyllänketo. Ce qui est intéressant, c'est de voir à quel point cet homme intègre de la Sécurité nationale embrasse pleinement le mode de recrutement de la main d'oeuvre, au point d'y participer activement. Ce livre ne propose pas vraiment de morale et invite le lecteur à réfléchir : peut-on faire justice soi-même quand les autorités échouent ou baissent les bras ? Un homme foncièrement mauvais peut-il changer ? Mais comme le rappelle si bien l'inspecteur principal, l'expression "Arbeit macht frei" était une devise du national-socialisme...
J'ai trouvé l'histoire absurde, mais dans le bon sens du terme. Les personnages restent  "pince sans rire" dans les situations les plus farfelues et on s'attache à eux. Le coup de la mine transformée en champignonnière m'a bien bien plu. C'est bien vu !
La fin est peu être un trop peu grand-guinolesque quand même... Et je n'ai pas trop compris l'utilité des chapitres consacrés à Saana et Jalmari quand ils s'égarent avec le Cessna. Nous rappeler qu'on peut vire d'amour et d'eau fraîche ?
Sensible à l'humour d'Arto Paasilinna et à son univers décalé, je me laisserai encore tenter pour une prochaine lecture. 
Je ne résiste pas à l'envie de vous mettre le tire original qui vaut son pesant de cacahuètes pour qui ne maîtrise pas le finnois : "Hirtämättömien Lurjusten Yrttitarha". A savoir également : ce livre est sorti à l'origine en 1997 en Finlande mais n'a été publié qu'en 2011 en France. Pourquoi ? Mystère...

Folio, avril 2012, 376 p.

dimanche 14 octobre 2012

Swap et challenge

Nouvellement inscrite sur le forum de Livraddict, me voilà déjà aspirée par la spirale infernale des swaps et autres challenges.

Tout d'abord, je me suis inscrite au swap Romance et crocs organisé par Myiuki. Ca sera pour moi une occasion sympa de découvrir la maison d'édition Milady qui cartonne en ce moment.



Et d'une pierre deux coups, je participe au challenge "Trop mortel" organisé par Ellcrys. Comme je lis pas mal de romans YA sur le thème, ça devrait être facile d'atteindre les 9 lectures prévues pour le niveau zombie affamée. Le but est de lire des ouvrages où apparaissent des créatures de la nuit : vampires, démons, loups-garous, fantômes ou autres. On a jusqu'au 31 octobre 2013.






mardi 9 octobre 2012

"Les enquêtes d'Enola Holmes T3 : Le mystère des pavots blancs" de Nancy Springer

Résumé : "Ceux qui disent que Sherlock est le plus grand détective du monde ignorent l'existence de sa soeur".
Le Dr Watson a disparu ! Personne ne sait où il a bien pu aller et la police n'a pas l'air de comprendre la gravité de l'affaire. Se faisant passer pour une jeune fille coquette, Enola se rend auprès de Mary Watson pour essayer d'en apprendre plus. C'est grâce à un bouquet qu'elle aperçoit dans le salon que l'adolescente se lance sur une piste. En effet, quelqu'un a fait parvenir à l'épouse du docteur un mélange pour le moins étrange : pavot blanc, aubépine rouge, liseron des haies et... feuillage d'asperge. Ce qui en langage des fleurs signifie sommeil, malheur, espoirs perdus. Qui a bien pu envoyer cet étrange message codé ? Et pourquoi ?

Avis : On se laisse totalement prendre par cette l'histoire et en plus, le style de l'auteur en fait une lecture très rapide.
Enola est un personnage féminin comme on aime en voir, volontaire et débrouillarde. Ce qui explique d'ailleurs qu'elle arrive à survivre seule dans Londres (merci la fortune laissée par maman). Dans le premier tome, j'ai eu du mal à me faire à l'idée qu'une jeune fille de 14 ans élevée à la campagne n'aurait aucun mal à s'en sortir à "la capitale", mais finalement, Nancy Springer nous donne des détails plutôt crédibles. Et n'oublions pas qu'Enola est passée maître dans l'art du déguisement / camouflage, comme son frère d'ailleurs... En parlant de Sherlock, ce n'est pas du tout une série où il a une place centrale. Bien sûr, il est beaucoup question de lui et de Mycroft, mais pas dans le sens où ils participeraient aux enquêtes. La solitude commence d'ailleurs à peser sur Enola : absence de sa mère qui l'a abandonnée pour vivre sa vie, méfiance vis-à-vis de ses frères qui veulent en faire une lady à tout prix. Son univers manque cruellement de chaleur familiale. Après tout, son prénom est un anagramme de "Alone".
J'aime beaucoup l'idée du code secret mise en place par sa mère pour communiquer avec elle par petites annonces interposées. Le langage des fleurs sert aussi aux deux femmes pour échanger et dans ce tome, il aura toute sa place grace au mystérieux bouquet.
Le méchant de l'intrigue est pour le moins inattendu et l'histoire des rats et du bébé m'a plutôt glacé le sang (même si c'était une triste réalité). On effleure simplement la misère londonnienne, la jeune fille ne faisant pas de tournée nocturne pour aider les plus pauvres dans cette histoire. C'est relativement survolé, contrairement aux précédentes intrigues.
Le seule reproche que je ferai, c'est que l'enquête se déroule trop facilement, sans embûches particulières ni autres difficultés, ce qui est bien dommage. Aucun rebondissements à l'horizon, Enola déduit facilement qui a fait quoi. Ce n'est pas très digne d'une "intrigue policière" qui se respecte.
Il semblerait que Nancy Springer se spécialise dans ce genre de roman puisqu'elle a écrit un livre basée sur la fille de... Robin des Bois !

Nathan, 198 p., 2008.