dimanche 30 juin 2013

"Magies secrètes" d'Hervé Jubert

 
 
Résumé : une fois n'est pas coutume, voici celui de l'éditeur. "L'empereur Obéron règne sur la cité de Sequana. Le tyran veut faire disparaître toute magie, c'est pourquoi il persécute les êtres féeriques. Certains parviennent à trouver refuge dans l'hôtel de Georges Beauregard, l'ingénieur-mage qui travaille officiellement pour le Pouvoir.
L'agent de l'ombre se voit confier une mission par le Ministre des affaires étranges. Depuis quelque temps, des sorts s'abattent sur les proches de l'empereur. On soupçonne le Visage, une entité maléfique qu'il a jadis affrontée.
Profitant du désordre, les habitants féeriques répandent la terreur. Miroirs maléfiques, jouets magiques qui se transforment en machines de cauchemars, personne n'est à l'abri. Beauregard est directement concerné car il est le fils d'une fée et d'un mortel.
L'ingénieur-mage devra choisir son camp..."
 
Avis : J'ai acheté ce livre sans trop me poser de questions quand j'ai appris qu'il avait gagné le Grand Prix de l'Imaginaire 2013 dans la catégorie "roman jeunesse francophone". Je l'avais repéré sur le site Les Histoires sans fin, du coup, pas d'hésitation.
D'emblée, je vais faire un reproche à ce livre : on nous vend une histoire palpitante d'êtres féériques en danger, de l'action et du suspense. Et bien, il n'y en pas plus que ça. Du moins en ce qui concerne l'action et le suspense. Il y a vaguement une histoire policière sous-jacente, mais Georges Beauregard met tellement peu d'entrain et d'énergie à la résoudre qu'on a vraiment du mal à s'y intéresser. Tout n'est que prétexte à créer un véritable univers.
L'attrait majeur de ce livre, c'est la ville de Sequana, personnage à elle toute seule. Je dirais que l'univers créé par l'auteur est très dense, très documenté (trop ?), très fouillé et du coup, on est tout de suite happé par cette ville-monde.
Epoque et ville sans concession, la misère y côtoie la plus éclatante richesse. Des enfants meurent de faim dans les rues pendant que la noblesse se complaît dans des fêtes proches du délire orgiaque. On ne peut bien évidemment s'empêcher de penser au Paris de la deuxième moitié du XIXème siècle, Obéron III n'étant que la copie de Napoléon III. Beaucoup de références à notre capitale d'ailleurs, par exemple Hoffman, architecte du pouvoir rasant tout et reconstruisant des bâtiment uniformes le long de grands boulevards linéaires. Il y a également une île au milieu de Sequana qui rappelle bien évidemment l'île de la Cité.
Très documenté, le livre fait référence à de nombreuses mythologies, grecque et égyptienne principalement. Particularité : des notes de bas de page ponctuent le texte. Cela m'a un peu déconcertée au début d'autant plus qu'à cause de ma liseuse, j'ai dû les lire d'un trait à la fin de chaque chapitre. Ces notes participent un peu plus à densifier l'univers du roman en détaillant, en nous donnant un peu d'histoire sur un lieu ou un personnage cité. J'ai trouvé que c'était vraiment une excellente idée qui permettait d'enrichir un peu plus l'histoire. A la fin se trouve également un carnet d'adresses des lieux à ne pas manquer à Sequana. Voici extrait pour vous donner une idée du ton du roman :
"MORGUE (XXXV - indication du quartier). Spectacle de la mort en fonction des arrivées. Ouverture permanente. Les médiums sont priés de rester à l'extérieur. CASINO RADZIWILL (VI). Tous jeux de hasard et de fatalité. On prend les âmes en gage."
D'ailleurs, l'auteur alimente  carrément un blog pour prolonger la lecture : http://lesmysteresdesequana.wordpress.com/
Les personnages, tout en étant bien décrits, ne suscitent pas plus d'attention que ça de la part du lecteur. Même Beauregard, au passé pourtant mystérieux et au métier plus qu'original (ingénieur-mage) n'a pas réussi à m'intéresser outre-mesure. J'étais surtout curieuse de voir où ses aventures allaient nous emmener. La couverture du livre laisse également apparaître un personnage féminin qui en fait n'a qu'un rôle ridicule. Bref, encore un "mensonge" de l'éditeur ! Jeanne, jeune acolyte de Beauregard m'a laissée complètement de marbre. J'étais bien plus curieuse de la voir se servir de sa ceinture magique que de l'entendre parler.
Il y a un peu de steampunk, ce qui n'était pas pour me déplaire. La féérie tient également une place importante, les êtres surnaturels étant mêlés depuis des millénaires à la population "normale". Fées, farfadets, lutins, vampires, loups-garous, dieux égyptiens, morts-vivants, gorgones et autres créatures fantastiques cohabitent tant bien que mal avec les humains. Certains magasins et restaurants leur sont réservés mais d'une façon générale la coexistence se passe bien.
J'ai vraiment apprécié cette lecture parce qu'elle nous fait plonger à pieds-joints dans un univers extrêmement original mais l'histoire principale ne tient pas ses promesses ce qui est un peu dommage. Une vraie intrigue policière l'aurait changée en coup de cœur.
 
Lecture que j'inscris dans le challenge "Lieux imaginaires" d'Arieste.
 
 
 
Le pré aux clercs, 229 p. (format ePub), 2012.

samedi 22 juin 2013

"Histoires de squelettes" de Jean-Baptiste de Panafieu et Patrick Gries


 

Résumé : A partir des squelettes de différentes espèces animales, nous voilà partis sur les traces de l'évolution. L'hippopotame a-t-il un rapport avec la souris ? Le kangourou a-t-il des cousins européens ? Quel est le point commun entre un levrier et un carlin ? A quoi sert la corne du narval ?

Avis : Ce livre a beaucoup fait parler de lui puisque j'ai trouvé de nombreuses critiques élogieuses dans des revues très différentes. Par chance, je l'ai trouvé à la BM.
Ce qui frappe d'abord, c'est la beauté des illustrations. Le noir et blanc est superbe. Ensuite, c'est un livre animé, ce qui en fait un très bel objet. A chaque page, des choses à déplier ou à soulever pour avoir une réponse à la question posée.



Cependant, je ne recommanderai pas cet ouvrage pour les plus jeunes. Premièrement, parce que le contenu reste scientifique et nécessite d'avoir un peu étudié l'évolution, ou du moins de s'y intéresser. Deuxièmement, parce que je trouve que certaines images peuvent être angoissantes.


(j'avoue, je ne suis pas objective, je suis phobique des requins)

Les squelettes servent de point de départ à des interrogations sur le monde animal : comment se protéger dans la nature ? Quels animaux n'ont pas changé de monde de vie depuis des millions d'années et pourquoi ? En d'autres termes, on en apprend plus sur leur(s) utilité(s) (protection, attaque), leur type (endo- / exosquelette), leur évolution au fil des millénaires, leurs similitudes et de leurs différences.
Il s'agit d'un documentaire très riche et pas seulement d'un livre gadget.


Livre que je recommande chaudement à tous les créationnistes ! :o)

Gallimard jeunesse / Editions Xavier Barral, 32 p., 2012.

jeudi 13 juin 2013

"Piège nuptial" de Douglas Kennedy



Résumé : Nick Hawthorne, journaliste américain un peu raté, décide de tout plaquer pour silloner l'Australie. Arrivé à Darwin, il rachète un vieux van Wolkswagen et prend la route en direction de Perth, s'attendant à affronter seul 4000km de route. Mais son chemin croise celui d'Angie, jeune autochtone fraîchement débarquée de son village. Les deux décident de faire un bou de chemin ensemble, même si Nick trouve la jeune fille de plus en plus envahissante. C'est quand il se retrouve drogué, marié de force et séquestré dans un village perdu au milieu de nul part qu'il comprend que l'enfer sur terre est peut-être au pays des kangourous.
 
Avis : C'est le premier roman de Douglas Kennedy que je lis et je ne regrette pas d'avoir commencé par lui. C'est un gros coup de coeur !
J'ai eu la chance d'aller en Australie et d'avoir un aperçu du bush, du coup j'imagine un peu le calvaire du notre loseur de narrateur. Du rouge et des buissons à perte de vue, sans parler de la chaleur abrutissante. J'ai même eu droit au camion accidenté à la tombée de la nuit suite à un choc avec un kangourou (c'est d'ailleurs la même peur de l'accident qui nous avait fait faire demi-tour et rentrer à l'hôtel).
Le huis-clos fonctionne à merveille. Wollanup donne envie de se tirer une balle en pleine tête dès les premières descriptions. La population, vivant en vase clos et coupée de toute civilisation (sauf pour certains) se complaît dans une vie d'une monotonie débilitante, rythmée par le travail à l'usine de dépeçage de kangourous. Et le niveau ne vole pas très haut... La seule distraction est le pub, où chacun prend un malin plaisir à finir complètement saoûl tous les soirs. Bienvenue à beaufland.
L'idée de la communauté est plutôt futée, le système de tickets pour l'alimentation, les vêtements, les cigarettes, etc, permet aux quatre chefs de famille d'asseoir leur autorité et le garder l'ascendant sur le reste de la ville.
Mettons-nous deux minutes à la place du protagoniste : coincé avec une femme qu'il n'aime pas, brute épaisse qui le bat pour un oui ou un non, dans une communauté de crétins quand lui a une profession intellectuelle, perdu au fin fond du fond de l'Australie, à 400km de la piste la plus proche, elle même à 300km du bled le plus proche, sans aucune perspective d'aucune sorte que de finir ses jours à cet endroit. Le désespoir aurait pu le rendre à moitié fou mais il s'accroche et va trouver au fond de lui la ressource pour avancer. Krystal, sa belle soeur, est pour lui une bouffée d'oxygène (et pour le lecteur aussi).
J'ai vraiment apprécié le personnage de Nick, d'un caustique absolument délirant. J'ai ri à gorge déployée à plusieures reprises devant ses réponses à double sens face aux autres et devant sa façon de décrire les situations les plus difficiles avec un sarcasme proche du génie.
La fin n'est pas prévisible, jusqu'au bout on se demande ce qu'il va lui arriver. Va-t-il s'en sortir ? Va-t-il crever dans ce trou à rats ? Va-t-il tenter de s'enfuir ou s'accommoder de son sort ?
Encore un auteur qui me donne envie de dévorer son oeuvre ! 2013 est décidément faite de belles découvertes.
A noter : ce roman est d'abord paru sous le titre Cul-de-sac (U-turn en VO).
 
 
Pocket, 250 p., 2012.

jeudi 6 juin 2013

"Beautiful Bastard" de Christina Lauren

 


Résumé : Chloé est stagiaire dans une grande entreprise de Chicago. En charge d'un très gros dossier, elle compte valider son MBA à la fin de l'année. Mais voilà que revient d'Europe le fils du PDG, Bennett Ryan et qu'il va être son supérieur direct. A première vue, il a tout pour plaire : brillant professionnellement, il est aussi excessivement beau. Sauf qu'en fait, c'est un vrai con imbu de sa personne qui "martyrise" Chloé pour un oui ou pour un non. Tout bascule lors d'une préparation de réunion et un jeu torride du chat et de la souris s'installe entre les deux. Peut-on allier travail et plaisir ?
 
Avis : J'avais très bien résisté jusque là aux sirènes des 50 nuances et autres séries de bouquins érotiques (et je m'en portais très bien vu certains commentaires calamiteux : ici Soukee) mais voilà que Monsieur m'a offert Beautiful Bastard pour la fête des mères (j'en vois qui sourient au fond de la salle...). Je ne pouvais donc pas ne pas le lire. Hum.
Que les choses soient claires dès le début, il n'y a pas d'histoire. En tout cas, pas dans le sens aventures / débat philosphique / réflexion sur la société actuelle / suspens / etc. Le contenu est plus que simple : une stagiaire s'envoie en l'air avec son patron - et inversement. Vont-ils finir ensemble ? Vont-ils vivre une véritable histoire d'amour ? Je m'en voudrais de vous gâcher la fin, on ne s'en doute tellement pas !
Si l'idée d'un patron couchant avec son assistante ne provoque en vous aucun mini tréssautement, passez votre chemin, puisqu'il ne s'agit que de ça. Rien de choquant, rien d'inconventionnel (pour ceux qui travaillent à la Défense, une partie de jambes en l'air dans une salle de réunion au 18ème étage, c'est d'un banal ! ^^ ), pas d'accessoires bizarres ou de situations un peu glauques. Certaines descriptions sont crues, mais en même temps, c'est un peu le but !
Ce livre est sponsorisé en France par la marque de lingerie Aubade, ce qui ne m'étonne pas étant donné que Chloé s'y équipe exclusivement. Sachant que Bennett lui arrache 3 culottes par chapitre, je pense que stagiaire aux US, ça rapporte plus que stagiaire en France. Parce que quand on sait le prix que coûte une parure Aubade, on pleure.
L'écriture n'est pas si mal que ça. On alterne les points de vue des deux protagonistes à chaque chapitre ce qui éveille l'intérêt. Pas trop de répétitions, contrairement à 50 nuances (d'après ce que j'ai pu comprendre chez Karine :) ). Sauf du mot "connard" que Chloé doit prononcer 10 fois par pages.
Même si ma chronique est un peu sarcastique, c'est une lecture qui ne m'a pas déplue. A mon avis, elle est même un peu au dessus du lot de ce genre de littérature. Il s'agit encore d'un livre écrit à la base pour le net puis publié en format papier. Et il s'agit encore d'une fan-fiction de Twilight. Les éditeurs ont flairé le bon filon !
Là où je ne suis pas du tout d'accord, mais alors pas du tout, c'est sur le prix. A cheval offert, on ne regarde pas les dents me direz-vous mais 17 € (17 EUROS !!) pour ce livre, c'est du grand n'importe quoi !! Mais merci quand même Monsieur. *^^*
 
Hugo & Cie, 390 p., 2013.

samedi 1 juin 2013

"Jospéhine T3 : Joséphine change de camp" de Pénélope Bagieu




Résumé : Ca y est, Jospéhine s'est enfin trouvé un copain stable après de longues années d'errance et de solitude. Si Simon (c'est son nom) a l'air de prendre les choses comme elles viennent, notre ex-célibataire préférée  a du mal à perdre ses bonnes habitudes de stressée de l'existence. Alors quand ses amis et sa famille s'en mêlent, elle est tout simplement à deux doigts de l'implosion.
 
Avis : J'achète systématiquement tout ce que fait Pénélope Bagieu sans me poser de questions. Je trouve qu'elle a une esthétique charmante et pimpante. Il est rare que je n'ai pas le sourire en refermant une de ses bandes dessinées. Du positif, du joyeux et du positif encore. Même quand le sujet traité est un peu sombre (Cadavre exquis par exemple), elle arrive à insuffler un je ne sais quoi de joie de vivre.
L'aventure a commencé avec Ma vie est tout à fait fascinante et je la suis depuis (Pénélope, si tu lis ces lignes, surtout n'hésite pas à redonner vie à ton blog !). Ses histoires me parlent aussi parce qu'on est dans la même tranche d'âge...
La série des Joséphine ne fait pas exception. Elle incarne la trentenaire parisienne, active et cherchant l'amour, entourée d'une bande de copains fêtards toujours prêts à lui donner des conseils (plus ou moins avisés, bien sûr). Il s'agit d'une série que je qualifierais de "pour filles", contraiement à La page blanche ou Cadavre exquis déjà cité.
Ce qui me fait le plus rire, ce sont les planches concernant sa famille. J'adore sa soeur bourgeoise coincée du serre-tête avec ses gamins habillés chez Bonpoint.
Chaque page représente une mini-histoire, un instantané de la vie de Joséphine, qu'elle soit en soirée, au travail, à la salle de gym... Les illustrations sont très claires, bien délimitées et pleines couleurs vives.

 
J'aime le regard bourré d'humour sur notre société actuelle qui tente de nous formater : il faut avoir un conjoint et si possible s'être reproduit avant 30 ans sous peine d'être montré du doigt.
Je recommande, sans hésiter. D'autant plus que le format est plus qu'accessible (5,60 €). Les puristes de la BD franco-belge râleront sûrement en disant que ce n'est pas le format standard, mais à bas les grincheux !
A noter qu'une adaptation cinématographique est prévue pour juin, avec Marilou Berry dans le rôle titre.
 
Le livre de poche, collection Bulle en poche, 48 p., 2012.